Il y a quelques jours avait lieu une table ronde, en présence de l’artiste,
sur l’œuvre de Guillaume Bresson actuellement présentée dans les salles d’Afrique et de Crimée, au château de Versailles.

Table ronde autour de Guillaume Bresson, avec Anabelle Ténèze, Sébastien Gökalp et Christophe Leribault.
© EPV / Didier Saulnier
Anabelle Ténèze, directrice du musée du Louvre Lens et Sébastien Gökalp, directeur du musée de Grenoble, accompagnaient Christophe Leribault, président du château de Versailles, pour entourer l’artiste. Ces historiens de l’art et experts de l’art contemporain ont eu à cœur de mettre en lumière un travail qui puise aux sources de la peinture classique. Ils ont fait réagir Guillaume, mais pas toujours comme ils l’auraient voulu : avec son allure d’éternel adolescent, celui-ci a répondu avec une simplicité désarmante, n’hésitant pas à contredire ses interlocuteurs.

Guillaume Bresson lors de cette soirée. © EPV / Didier Saulnier
Dans une ambiance décontractée, que Guillaume crée naturellement, les échanges ont été nourris et ont permis de mieux comprendre la démarche de l’artiste qui se veut, avant tout, peintre. Issu de la banlieue toulousaine, il est « monté » à Paris pour intégrer la prestigieuse école des Beaux-Arts. Au début des années 2000, mieux vaut y jouer sur des airs conceptuels et Guillaume tombe de haut en découvrant que ce n’est pas là qu’il perfectionnera sa technique. « J’ai donc continué à le faire tout seul, en fréquentant les musées parisiens » : il précise que ce fut une chance pour lui, écarté de toute influence extérieure.
Une peinture dans son temps
Ce sont de grandes toiles à composition montrant des combats de rue. Sur des trottoirs défoncés, dans des parkings souterrains, au pied de barres d’immeubles, des jeunes s’affrontent à travers une peinture que l’on pourrait confondre avec de la photo ou croire hyperréaliste. La peinture, Guillaume la compare à une peau, à la fois souple et transparente, et l’associe directement aux corps qui forment le sujet principal de son œuvre. L’artiste les met en scène en partant de performances qu’il organise et photographie dans son atelier. Puis il procède au montage de ses clichés dont il s’inspire pour ses peintures qui n’ont donc rien de réalistes : « La réalité est recomposée, insiste Guillaume, ce sont des synthèses de plusieurs moments qui donnent corps à l’épaisseur du temps ».

Sans titre [détail], par Guillaume Bresson, 2019, Paris Musées, Musée d’Art moderne. © Bertrand Huet / Tutti image

Vue de l’exposition de Guillaume Bresson. © EPV / Thomas Garnier
La violence comme circulation d’une énergie

Sans titre [détail], par Guillaume Bresson, 2020, Paris, Fondation Louis Vuitton. © Bertrand Huet / Tutti image
Certes, Guillaume ne nie pas l’influence des événements contemporains sur ses toiles – il revendique même la mention de certaines marques sur les tee-shirts de ses modèles – et se dit fier de leur confrontation avec les immenses tableaux d’Horace Vernet que lui a proposée Christophe Leribault dans le cadre de l’exposition au château. Il explique néanmoins que c’est la synergie des corps représentés, le « niveau d’intensité du moment » qui l’intéresse. Pas la portée politique : les personnages sont anonymes et aucunement identifiés. Encore moins la narration : aucun titre n’est associé aux œuvres.
Nous en venons à la question de la violence, entre batailles coloniales de Vernet et combats périurbains de Bresson. Dans ces derniers, il n’y a pas de sang, comme le fait remarquer Christophe Leribault, et certains personnages sourient, comme tient à le préciser Guillaume qui se montre réservé au sujet des deux vidéos montrées au public lors de cette table ronde : Les Indes galantes, de Clément Cogitore, avec le concours d’un groupe de danseurs de krump, et surtout Justice – Stress, par Romain Gavras.

Sans titre, par Guillaume Bresson, 2007, coll. privée. © Bertrand Huet / Tutti image
« Ces clips montrent un univers assez ressemblant au mien, mais n’ont, en fait, rien à voir avec ma démarche, affirme Guillaume, Il y a une sublimation de la violence à laquelle je n’adhère pas du tout. Moi, je cherche à traduire un fonctionnement, une énergie dont la circulation créée la violence. Celle-ci passe d’homme à homme, se reproduit indéfiniment, et c’est en cela que mon travail s’inscrit dans une filiation qui remonte aux tableaux d’Horace Vernet. »
Alors, peintre d’histoire ? Voire peintre politique ? Guillaume se dérobe, trouvant les termes trop forts, parce qu’il les estime trop élogieux pour lui ! Annabelle Ténèze saura trouver la bonne formule : de la peinture d’histoire, ne serait-on pas passé à une peinture d’humanité ?
Lucie Nicolas-Vullierme,
rédactrice en chef des Carnets de Versailles
À VOIR
À Versailles, jusqu’au 25 mai
L’exposition Guillaume Bresson – Versailles
Commissariat : Christophe Leribault, Président du château de Versailles
Scénographie : Antoine Fontaine
Horaires : tous les jours, sauf le lundi, de 9 h à 17 h 30 (dernière admission à 17 h).
Billets : accessible avec le billet Passeport, le billet Château, ainsi que pour les bénéficiaires de la gratuité.
Réservation horaire obligatoire.
Gratuit et illimité avec la carte « 1 an à Versailles ».
Un parcours audioguidé, disponible en français et en anglais permet d’aborder les grandes thématiques du travail de Guillaume Bresson et ses inspirations.
Disponible également dans l’application de visite du château.
Un médiateur est présent le week-end, entre 10 h et 16 h (départs réguliers) pour un temps d’échange et d’interactivité afin de découvrir une œuvre de l’exposition.
Visites gratuites de 30 minutes, sans réservation. En français ou en anglais.
Visites guidées disponibles pour le grand public, les abonnés et les scolaires, sur réservation.
À Grenoble, du 14 juin au 28 septembre
L’exposition Guillaume Bresson. En regard des collections
Dans le cadre du cycle « En regard », le musée propose à des artistes contemporains de se confronter aux collections permanentes. Après Pierre Buraglio et sa rencontre avec Philippe de Champaigne, c’est au tour de Guillaume Bresson d’explorer les chefs-d’œuvre du musée. L’artiste proposera, à travers plus d’une vingtaine d’œuvres qui jalonneront le parcours permanent du XVIIe siècle à nos jours, un dialogue avec les tableaux historiques de la collection.