magazine du château de versailles

La loi handicap
a vingt ans !

Le 11 février 2005 était adoptée une loi qui rende plus accessibles aux personnes handicapées les bâtiments, notamment les espaces publics1.
Depuis, de réelles avancées ont permis d’améliorer la vie quotidienne
de ces personnes. Marie-Armelle Hoyau, référent handicap et accessibilité
au château de Versailles, nous raconte comment cette loi a été appliquée.

Accueil d’un groupe par Marie-Armelle Hoyau. © EPV / DR

Le château compte de nombreux escaliers et des couloirs étroits. Ce sont beaucoup d’obstacles à contourner !
Oui, mais l’ensemble du circuit de visite libre est aujourd’hui accessible à tous. Dès 1975 – date de la toute première loi pour défendre les droits des personnes handicapées – le château de Versailles se dotait d’un ascenseur qui existe toujours. Il permettait d’accéder au premier étage, là où se trouvent les grands appartements et la galerie des Glaces. Puis, en 2013, était installé l’ascenseur Questel, à l’extrémité de l’aile nord du château où se déploient la galerie de l’Histoire et, au-dessus, les salles Louis XIV. Il permet de commencer par le circuit d’introduction à la visite libre qui, depuis, est donc entièrement visible par les personnes en situation de handicap. Cet ascenseur monte même aux attiques !

© EPV / Didier Saulnier

 

Un accueil spécifique est-il prévu à l’entrée du domaine ?
Dès la grille d’honneur, le public est accueilli par des agents qui ont été sensibilisés aux différentes familles de handicap. Tout au long de l’accès aux salles du château, à la billetterie, au pavillon Dufour, se trouvent des personnes qui se sont familiarisées, à travers des formations, à ces situations qui peuvent parfois mettre mal à l’aise. De même dans le cadre des visites guidées, qui sont adaptées selon les difficultés, bien que certains espaces, hélas, restent inaccessibles, en particulier à cause de la largeur des portes, trop étroites pour laisser passer un fauteuil roulant. En revanche, pour éviter la foule, les publics prioritaires ont la possibilité de venir en groupe le lundi, jour de fermeture du château.

 

Matériellement, que proposez-vous comme supports à la visite ?
Tout ce qui peut être utile, comme des fauteuils roulants, des sièges pliants, mais aussi des visioguides ou des audioguides, compatibles avec les implants auditifs, selon le handicap. Nous venons même d’acheter des rollators2 et des loupes ! L’application mobile du château a aussi été améliorée pour mieux inclure les visiteurs en situation de handicap. Les parcours de visite y sont disponibles gratuitement, avec notamment une piste en audiodescription.

Maquette tactile du château de Versailles dans la salle des États généraux. © EPV / Didier Saulnier

Par ailleurs, des modules tactiles sont manipulables dans la salle des États généraux pour comprendre l’évolution de l’architecture du château. Ils servent aussi aux autres visiteurs, sans difficultés particulières, qui passent beaucoup de temps à observer la maquette centrale, présentant le château et ses trois phases de construction. Elle est d’ailleurs suffisamment grande pour que se pressent autour d’elle jusqu’à dix fauteuils roulants ! Enfin, a été établie une liste d’œuvres qui peuvent être touchées, mais dans le cadre d’une visite spécifique, bien sûr !

Les aveugles ou les déficients visuels peuvent-il vraiment apprécier le château ?

© EPV / Didier Saulnier

Les personnes en situation de handicap se renseignent, la plupart du temps, avant de venir, notamment les déficients visuels. Ce que nous savons, par les enquêtes ou les échanges directs, c’est qu’elles adorent ressentir une ambiance qu’elles ont imaginée à l’avance, avec des odeurs de lieux anciens, des sons comme les craquements de parquet… Quelle joie, et quelle récompense, de les voir plongées dans le ravissement !
De même avec les visiteurs en difficulté mentale, lorsqu’ils appréhendent mieux les lieux grâce aux documents FALC, qui ont été rédigés avec des personnes elles-mêmes issues d’établissements spécialisés !

Propos recueillis par la rédaction des Carnets de Versailles

1 La loi du 2005-102 du 11 février 2005 pour « l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » fixe le principe d’une accessibilité généralisée, intégrant tous les handicaps, qu’ils soient d’ordre physique, visuel, auditif ou mental.

2 Déambulateurs qui permettent de circuler et de s’asseoir, proposés dans le domaine de Trianon.


Guide Facile à Lire et à Comprendre produit par le château de Versailles pour visiter en autonomie les Grands Appartements.

Le « facile à lire et à comprendre » est une méthode qui vise à traduire un langage classique en un langage simplifié. Elle permet de rendre l’information plus claire grâce à une série de règles de rédaction et de présentation. Cela comprend, par exemple, l’utilisation de phrases courtes, d’un vocabulaire courant, ou encore la répétition des termes complexes.
La mise en page des textes FALC est également très réglementée : un texte aligné à gauche, des larges marges et une police sans empâtements avec des gros caractères. Si le FALC s’adresse initialement aux personnes atteintes d’un handicap intellectuel, il est finalement utile à tout le monde, notamment les personnes âgées ou maîtrisant mal la langue française.
Avec l’aide d’un établissement spécialisé et de l’association UNAPEI, le château a rédigé plusieurs FALC, notamment un livret consacré à la visite principale et d’autres produits à l’occasion des grandes expositions.


Des « souffleurs » dans le grand théâtre qu’est Versailles
Depuis 2018, le château de Versailles propose le service des « Souffleurs d’Images » auprès de ses visiteurs en déficience visuelle. Des étudiants ou des artistes bénévoles se mettent à leur disposition pour leur murmurer à l’oreille, durant leur visite, tout ce qu’ils réclament pour comprendre ce qui les entoure : les lieux, les décors, les œuvres, le public alentour… Un  service précieux qui doit être réservé, en même temps que la visite individuelle ou guidée, via le site Internet du château, auprès du CRTH (Centre Recherche Théâtre Handicap).

mot-clés

partagez

à lire également